Lot Essay
Provenant directement d’un don de l’artiste aux aïeux des actuels propriétaires, ce portrait de jeune fille aux boucles brillantes et sombres est proposé à l'encan pour la première fois depuis sa conception.
Par la richesse de son art, Girodet (1767-1824) se distingue des classifications un peu étroites des courants de son temps. Les artistes des années 1800 ont été distingués parfois un peu arbitrairement entre un néoclassicisme triomphant, ou un romantisme naîssant. Girodet conserve certes une dette envers le néoclassicisme et d’abord par son maître David (1748-1825) qui le prit dans son atelier en 1785. Son influence est tangible dans sa palette opaline, nacrée, que le jeune artiste emploie aussi bien dans les ambitieuses compositions historiques que dans ses intimes portraits de femmes. Coupin (1780-1841) rapporte – avec un léger sarcasme – que Girodet 'chaque jour, avant d’entrer en loge, allait préparer sa palette devant les Horaces' (P. A. Coupin, Oeuvres posthumes de Girodet-Trioson, peintre d'histoire; suivies de sa correspondance ; précédées d'une notice historique et mises en ordre,1829, 1, p. IV).
Mais les artistes formés par David, loin de se mouler dans un modèle unique, ont tous conservé une très forte personnalité, peut-être exacerbée par la rivalité de ces nombreux talents regroupés au même endroit. Gros, Fabre, Isabey, Girodet et consorts, ont chacun pris une direction singulière, et de tous, Girodet offrit certainement les compositions les plus originales.
À côté de ses audacieuses compositions à l’érotisme assumé – et en cela bien différentes des peintures davidiennes plus héroïques–, comme son Sommeil d’Endymion (1791, musée du Louvre, Paris, no. inv. 4935) sa production de portraits est marquée par une intimité sensible. Les grandes personnalités du siècle à venir poseront d’ailleurs pour l’artiste, Chateaubriand (1808, musée d'Histoire de la Ville et du Pays Malouin, Saint-Malo, no. inv. 1950.11.1), la Reine Hortense (vers 1809, Rijksmuseum, Amsterdam, no. inv. SK-A-4943), etc.
Dans les années 1820, il livra plusieurs portraits de femmes au turban nommées Caucasiennes ou Odalisques à l’esthétique éternelle renvoyant aussi bien aux Sybilles du Dominiquin (1581-1641) qu’aux Vierges de Reni (1575-1642). Sylvain Bellanger (op. cit., p. 397) suppose que le modèle de notre délicate Odalisque a également posé habillé d’un turban bleu (Tête de femme au turban bleu, collection particulière) et Girodet réemploie ce même turban rayé dans une peinture conservée à l’Hermitage (La Caucasienne, musée de L’Hermitage, Saint-Pétersbourg, no. inv. ГЭ-8235). La diffusion de notre modèle par deux estampes différentes suppose la volonté de Girodet de propager ces modèles intemporelles en même temps que de former ses élèves graveurs à son dessin épuré.
Par la richesse de son art, Girodet (1767-1824) se distingue des classifications un peu étroites des courants de son temps. Les artistes des années 1800 ont été distingués parfois un peu arbitrairement entre un néoclassicisme triomphant, ou un romantisme naîssant. Girodet conserve certes une dette envers le néoclassicisme et d’abord par son maître David (1748-1825) qui le prit dans son atelier en 1785. Son influence est tangible dans sa palette opaline, nacrée, que le jeune artiste emploie aussi bien dans les ambitieuses compositions historiques que dans ses intimes portraits de femmes. Coupin (1780-1841) rapporte – avec un léger sarcasme – que Girodet 'chaque jour, avant d’entrer en loge, allait préparer sa palette devant les Horaces' (P. A. Coupin, Oeuvres posthumes de Girodet-Trioson, peintre d'histoire; suivies de sa correspondance ; précédées d'une notice historique et mises en ordre,1829, 1, p. IV).
Mais les artistes formés par David, loin de se mouler dans un modèle unique, ont tous conservé une très forte personnalité, peut-être exacerbée par la rivalité de ces nombreux talents regroupés au même endroit. Gros, Fabre, Isabey, Girodet et consorts, ont chacun pris une direction singulière, et de tous, Girodet offrit certainement les compositions les plus originales.
À côté de ses audacieuses compositions à l’érotisme assumé – et en cela bien différentes des peintures davidiennes plus héroïques–, comme son Sommeil d’Endymion (1791, musée du Louvre, Paris, no. inv. 4935) sa production de portraits est marquée par une intimité sensible. Les grandes personnalités du siècle à venir poseront d’ailleurs pour l’artiste, Chateaubriand (1808, musée d'Histoire de la Ville et du Pays Malouin, Saint-Malo, no. inv. 1950.11.1), la Reine Hortense (vers 1809, Rijksmuseum, Amsterdam, no. inv. SK-A-4943), etc.
Dans les années 1820, il livra plusieurs portraits de femmes au turban nommées Caucasiennes ou Odalisques à l’esthétique éternelle renvoyant aussi bien aux Sybilles du Dominiquin (1581-1641) qu’aux Vierges de Reni (1575-1642). Sylvain Bellanger (op. cit., p. 397) suppose que le modèle de notre délicate Odalisque a également posé habillé d’un turban bleu (Tête de femme au turban bleu, collection particulière) et Girodet réemploie ce même turban rayé dans une peinture conservée à l’Hermitage (La Caucasienne, musée de L’Hermitage, Saint-Pétersbourg, no. inv. ГЭ-8235). La diffusion de notre modèle par deux estampes différentes suppose la volonté de Girodet de propager ces modèles intemporelles en même temps que de former ses élèves graveurs à son dessin épuré.
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