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Lot 305 Provenant de la collection de Constance Coline
Témoin privilégiée de son temps, Constance Coline (1898-1982) est une figure marquante de la vie littéraire et intellectuelle de la première moitié du XXe siècle. De son vrai nom Colette Grunbaum, elle nait en 1898 et est élevée par le banquier Léon Grunbaum, figure éminente du Palais Brongniart. Eduquée dans un milieu cultivé et cosmopolite (elle a pour tuteurs le compositeur Alfred Cortot et Thérèse Peyrera, la seconde épouse de Léon Blum), elle poursuit des études en Médecine. Diplômée, elle exerce dans l’entre-deux-guerres auprès du professeur Charles Laubry, fondateur de la société française de cardiologie et membre de l’Institut. Pendant la guerre, Colette Grunbaum dirige la maternité de Roumazieres en Charente et y implante un réseau de résistants. Arrêtée par la Gestapo en 1944, elle s'échappe et gagne le maquis de la Seine-et-Marne. Elle s’illustrera ensuite lors de la Libération de Paris et participera à la campagne pour libérer l’Allemagne et l’Autriche.
Figure de la Résistance, Colette Grunbaum s’est aussi fortement impliquée dans la vie littéraire, intellectuelle et artistique de son époque où elle se fait connaitre sous le nom de Constance Coline. C’est lors de ses études de médecine qu’elle fait la connaissance de Simone Kahn et Colette Jeramec. Rapidement, les trois femmes se lient d'amitié avec deux carabins : Louis Aragon et André Breton. « Il y avait Breton, le jeune Leibovici et Aragon. Ce dernier avait déjà sa jolie figure, ses complexes familiaux, son esprit incisif et compliqué. Breton avait l’air d’un gros chien de campagne, bonasse, pesant et paysan » écrit-elle (Le matin vu du soir. De la Belle époque aux années Folles, Paris, 1980, vol. I, p. 80). Un groupe d’amis réunis autour de la littérature se crée alors et attire à lui Philippe Soupault, Pierre Drieu La Rochelle, Jacques Porel. Simone Kahn épousera André Breton avant de s’en séparer et de monter sa galerie d’art. Colette Jeramec cédera aux charmes de Drieu avec qui elle vivra quelques temps avant de divorcer pour épouser le surréaliste et galeriste Roland Tual. Constance Coline se lancera dans une carrière littéraire avec un certain succès. Auteur de plusieurs pièces de théâtre, Septembre, La vie à cinq pattes, La duchesse d’Algues, La paix du Dimanche, qui sont créées aux théâtres Hebertot, de l'œuvre ou du Vieux colombier, elle en adapte d’autres écrites par quelques auteurs anglo-saxons et se fait un nom dans le monde du théâtre. Ainsi, certaines de ces pièces seront adaptées à la télévision après-guerre. Plusieurs romans paraissent également chez Plon ou Denoel mais c’est sans doute son recueil de souvenirs Le matin vu du soir paru à la fin de sa vie, en 1980, qui lui vaut une certaine postérité. Elle y raconte notamment la vie littéraire et intellectuelle de l'époque, ses rencontres.
Initiée très tôt aux arts par son père adoptif qui collectionnait Monet, Rodin et Carrière, elle fait l’acquisition de quelques tableaux au lendemain de la première guerre. C’est par Henry Kapferer, pionnier de l’aviation française, avec qui elle est parente, que Constance Coline découvre la peinture moderne. « Moi qui sortait des Carrière et des Monet […], le cubisme me paraissait une recherche curieuse, voire même absurde, mais comme, snobisme aidant, je tenais à être à l’avant-garde de tout mouvement, fut-il pour moi incompréhensible, je m’appliquais à essayer de comprendre » rapporte-t-elle dans ses souvenirs (ibid., p. 92). C’est ainsi qu’elle assiste aux ventes historiques de la Galerie Kahnweiler qui se déroulent à Drouot en 1922 et y fait l’acquisition d Viaduc de Maurice de Vlaminck peint en 1910-11 (lot 308). Elle complétera plus tard son ensemble cubiste par une subtile nature morte exécutée en 1920 par Georges Braque (lot 307). Mais c’est Roger de La Fresnaye qui retiendra particulièrement l’attention de la femme de lettres. « Roger de La Fresnaye, qui n'était pas encore atteint de la tuberculose pulmonaire qui devait l’emporter dans les années 1925, était un jeune homme séduisant et race. Henry Kapferer l’estimait, le protégeait, le considérait à juste titre comme un des espoirs de sa génération » écrit-elle (ibid., p. 92). Malgré les vingt-cinq ans qui les séparent, elle deviendra l’amie du peintre et fera l’acquisition de nombreuses œuvres. C’est ainsi que La conquête de l’air (lot 305), Le viaduc de Meulan (lot 306) et quelques compositions plus modestes entreront dans sa collection. Malgré les soubresauts de la guerre, Constance Coline parviendra à conserver ses œuvres dans la maison qu’elle s’est fait aménager par l’architecte Louis Sue, également ami et amateur du peintre de Meulan. A sa mort, ses héritiers conserveront l'intégralité de l’ensemble.
Constance Coline (1898-1982), a privileged witness of her time, was a prominent figure in the literary and intellectual circles of the first half of the 20th century. Her real name was Colette Grunbaum, and her adoptive father was the banker Léon Grunbaum, a prominent figure at the Palais Brongniart. Educated in a cultured and cosmopolitan environment (her tutors were the composer, Alfred Cortot, and Thérèse Peyrera, the second wife of Léon Blum), she went on to study medicine. Having graduated, she practiced during the inter-war period with Professor Charles Laubry, founder of the French Cardiology Society and member of the Institute de France. During the war, Colette Grunbaum was in charge of the maternity hospital at Roumazières in the Charente and there she set up a network of resistance fighters. Arrested by the Gestapo in 1944, she escaped and joined the maquis in the Seine-et-Marne region. She won recognition during the Liberation of Paris and took part in the campaign to liberate Germany and Austria.
Alongside being a Resistance figure, Colette Grunbaum was also deeply involved in the literary, intellectual and artistic circles of her time, among which she liked to be known as Constance Coline. It was during her medical studies that she met Simone Kahn and Colette Jéramec. It was not long before the three women became friends with two medical students: Louis Aragon and André Breton. "There was Breton, the young Leibovici and Aragon. The latter already cut a fine figure, had psychoses about his family, and was incisive and complex. Breton was like a big country dog, good natured, heavy, and rustic", she wrote (Le matin vu du soir, De la Belle époque aux années Folles, Paris, 1980, vol. I, p.80). So it was that a group of friends was formed, united by literature and drawing into its bosom Philippe Soupault, Pierre Drieu La Rochelle and Jacques Porel. Simone Kahn married André Breton before leaving him and setting up her own art gallery. Colette Jéramec yielded to the charms of Drieu, with whom she lived for some time, before divorcing him to marry the surrealist and gallerist, Roland Tual. Constance Coline embarked upon a literary career with some success. She wrote several plays, Septembre, La vie à cinq pattes, La duchesse d'Algues, La Paix du Dimanche, which were first produced at either the Théâtre Hébertot, the Théâtre de l’OEuvre or the Théâtre du Vieux Colombier. She made a name for herself in the world of theatre, also adapting other works written by a number of English-speaking authors. Indeed, some of these plays were adapted for television following the war. Several novels were also published by Plon or Denoël, but it was undoubtedly her memoirs, Le matin vu du soir, which were released at the end of her life, in 1980, which earned her a certain posterity. In her memoirs, she talks about the literary and intellectual movements of the period, and about her encounters. Introduced to the arts at a very young age by her adoptive father, who collected Monet, Rodin and Carrière, she acquired a few paintings in the aftermath of the First World War. It was through Henry Kapferer, a pioneer of French aviation, and to whom she was related, that Constance Coline discovered modern painting. "For me who grew up with Carrière and Monet [...], cubism seemed to be a curious, even absurd, pursuit, but as I, abetted by my snobbery, wanted to be in the vanguard of any movement, albeit incomprehensible to me, I employed my greatest endeavours to understand", she recalled in her memoirs (ibid., p. 92).
This is how she came to attend the historic auction of Galerie Kahnweiler which was held in Drouot in 1922, where she purchased Maurice de Vlaminck's Viaduc (lot 308), painted between 1910 and 1911. She later added to her cubist collection with a subtle still life produced in 1920 by Georges Braque (lot 307). However, it was Roger de La Fresnaye who truly fascinated this woman of letters. "Roger de La Fresnaye, who was not yet suffering from the pulmonary tuberculosis that was to claim his life in 1925, was an attractive and distinguished young man. Henry Kapferer held him in esteem, protected him, and rightly regarded him as one of the hopes of his generation", she wrote (ibid., p. 92). Despite the twenty-five years that separated them, she became friends with the artist and acquired many of his works. This is how La conquête de l’air (lot 305), Le viaduc de Meulan (lot 306), and other more modest compositions were added to her collection. Despite the upheavals of the war, Constance Coline managed to keep the paintings in her home, whose interior was designed by the architect Louis Süe, also a friend and admirer of the man who painted Meulan. When Coline died, her heirs maintained the collection in its entirety.
Témoin privilégiée de son temps, Constance Coline (1898-1982) est une figure marquante de la vie littéraire et intellectuelle de la première moitié du XXe siècle. De son vrai nom Colette Grunbaum, elle nait en 1898 et est élevée par le banquier Léon Grunbaum, figure éminente du Palais Brongniart. Eduquée dans un milieu cultivé et cosmopolite (elle a pour tuteurs le compositeur Alfred Cortot et Thérèse Peyrera, la seconde épouse de Léon Blum), elle poursuit des études en Médecine. Diplômée, elle exerce dans l’entre-deux-guerres auprès du professeur Charles Laubry, fondateur de la société française de cardiologie et membre de l’Institut. Pendant la guerre, Colette Grunbaum dirige la maternité de Roumazieres en Charente et y implante un réseau de résistants. Arrêtée par la Gestapo en 1944, elle s'échappe et gagne le maquis de la Seine-et-Marne. Elle s’illustrera ensuite lors de la Libération de Paris et participera à la campagne pour libérer l’Allemagne et l’Autriche.
Figure de la Résistance, Colette Grunbaum s’est aussi fortement impliquée dans la vie littéraire, intellectuelle et artistique de son époque où elle se fait connaitre sous le nom de Constance Coline. C’est lors de ses études de médecine qu’elle fait la connaissance de Simone Kahn et Colette Jeramec. Rapidement, les trois femmes se lient d'amitié avec deux carabins : Louis Aragon et André Breton. « Il y avait Breton, le jeune Leibovici et Aragon. Ce dernier avait déjà sa jolie figure, ses complexes familiaux, son esprit incisif et compliqué. Breton avait l’air d’un gros chien de campagne, bonasse, pesant et paysan » écrit-elle (Le matin vu du soir. De la Belle époque aux années Folles, Paris, 1980, vol. I, p. 80). Un groupe d’amis réunis autour de la littérature se crée alors et attire à lui Philippe Soupault, Pierre Drieu La Rochelle, Jacques Porel. Simone Kahn épousera André Breton avant de s’en séparer et de monter sa galerie d’art. Colette Jeramec cédera aux charmes de Drieu avec qui elle vivra quelques temps avant de divorcer pour épouser le surréaliste et galeriste Roland Tual. Constance Coline se lancera dans une carrière littéraire avec un certain succès. Auteur de plusieurs pièces de théâtre, Septembre, La vie à cinq pattes, La duchesse d’Algues, La paix du Dimanche, qui sont créées aux théâtres Hebertot, de l'œuvre ou du Vieux colombier, elle en adapte d’autres écrites par quelques auteurs anglo-saxons et se fait un nom dans le monde du théâtre. Ainsi, certaines de ces pièces seront adaptées à la télévision après-guerre. Plusieurs romans paraissent également chez Plon ou Denoel mais c’est sans doute son recueil de souvenirs Le matin vu du soir paru à la fin de sa vie, en 1980, qui lui vaut une certaine postérité. Elle y raconte notamment la vie littéraire et intellectuelle de l'époque, ses rencontres.
Initiée très tôt aux arts par son père adoptif qui collectionnait Monet, Rodin et Carrière, elle fait l’acquisition de quelques tableaux au lendemain de la première guerre. C’est par Henry Kapferer, pionnier de l’aviation française, avec qui elle est parente, que Constance Coline découvre la peinture moderne. « Moi qui sortait des Carrière et des Monet […], le cubisme me paraissait une recherche curieuse, voire même absurde, mais comme, snobisme aidant, je tenais à être à l’avant-garde de tout mouvement, fut-il pour moi incompréhensible, je m’appliquais à essayer de comprendre » rapporte-t-elle dans ses souvenirs (ibid., p. 92). C’est ainsi qu’elle assiste aux ventes historiques de la Galerie Kahnweiler qui se déroulent à Drouot en 1922 et y fait l’acquisition d Viaduc de Maurice de Vlaminck peint en 1910-11 (lot 308). Elle complétera plus tard son ensemble cubiste par une subtile nature morte exécutée en 1920 par Georges Braque (lot 307). Mais c’est Roger de La Fresnaye qui retiendra particulièrement l’attention de la femme de lettres. « Roger de La Fresnaye, qui n'était pas encore atteint de la tuberculose pulmonaire qui devait l’emporter dans les années 1925, était un jeune homme séduisant et race. Henry Kapferer l’estimait, le protégeait, le considérait à juste titre comme un des espoirs de sa génération » écrit-elle (ibid., p. 92). Malgré les vingt-cinq ans qui les séparent, elle deviendra l’amie du peintre et fera l’acquisition de nombreuses œuvres. C’est ainsi que La conquête de l’air (lot 305), Le viaduc de Meulan (lot 306) et quelques compositions plus modestes entreront dans sa collection. Malgré les soubresauts de la guerre, Constance Coline parviendra à conserver ses œuvres dans la maison qu’elle s’est fait aménager par l’architecte Louis Sue, également ami et amateur du peintre de Meulan. A sa mort, ses héritiers conserveront l'intégralité de l’ensemble.
Constance Coline (1898-1982), a privileged witness of her time, was a prominent figure in the literary and intellectual circles of the first half of the 20th century. Her real name was Colette Grunbaum, and her adoptive father was the banker Léon Grunbaum, a prominent figure at the Palais Brongniart. Educated in a cultured and cosmopolitan environment (her tutors were the composer, Alfred Cortot, and Thérèse Peyrera, the second wife of Léon Blum), she went on to study medicine. Having graduated, she practiced during the inter-war period with Professor Charles Laubry, founder of the French Cardiology Society and member of the Institute de France. During the war, Colette Grunbaum was in charge of the maternity hospital at Roumazières in the Charente and there she set up a network of resistance fighters. Arrested by the Gestapo in 1944, she escaped and joined the maquis in the Seine-et-Marne region. She won recognition during the Liberation of Paris and took part in the campaign to liberate Germany and Austria.
Alongside being a Resistance figure, Colette Grunbaum was also deeply involved in the literary, intellectual and artistic circles of her time, among which she liked to be known as Constance Coline. It was during her medical studies that she met Simone Kahn and Colette Jéramec. It was not long before the three women became friends with two medical students: Louis Aragon and André Breton. "There was Breton, the young Leibovici and Aragon. The latter already cut a fine figure, had psychoses about his family, and was incisive and complex. Breton was like a big country dog, good natured, heavy, and rustic", she wrote (Le matin vu du soir, De la Belle époque aux années Folles, Paris, 1980, vol. I, p.80). So it was that a group of friends was formed, united by literature and drawing into its bosom Philippe Soupault, Pierre Drieu La Rochelle and Jacques Porel. Simone Kahn married André Breton before leaving him and setting up her own art gallery. Colette Jéramec yielded to the charms of Drieu, with whom she lived for some time, before divorcing him to marry the surrealist and gallerist, Roland Tual. Constance Coline embarked upon a literary career with some success. She wrote several plays, Septembre, La vie à cinq pattes, La duchesse d'Algues, La Paix du Dimanche, which were first produced at either the Théâtre Hébertot, the Théâtre de l’OEuvre or the Théâtre du Vieux Colombier. She made a name for herself in the world of theatre, also adapting other works written by a number of English-speaking authors. Indeed, some of these plays were adapted for television following the war. Several novels were also published by Plon or Denoël, but it was undoubtedly her memoirs, Le matin vu du soir, which were released at the end of her life, in 1980, which earned her a certain posterity. In her memoirs, she talks about the literary and intellectual movements of the period, and about her encounters. Introduced to the arts at a very young age by her adoptive father, who collected Monet, Rodin and Carrière, she acquired a few paintings in the aftermath of the First World War. It was through Henry Kapferer, a pioneer of French aviation, and to whom she was related, that Constance Coline discovered modern painting. "For me who grew up with Carrière and Monet [...], cubism seemed to be a curious, even absurd, pursuit, but as I, abetted by my snobbery, wanted to be in the vanguard of any movement, albeit incomprehensible to me, I employed my greatest endeavours to understand", she recalled in her memoirs (ibid., p. 92).
This is how she came to attend the historic auction of Galerie Kahnweiler which was held in Drouot in 1922, where she purchased Maurice de Vlaminck's Viaduc (lot 308), painted between 1910 and 1911. She later added to her cubist collection with a subtle still life produced in 1920 by Georges Braque (lot 307). However, it was Roger de La Fresnaye who truly fascinated this woman of letters. "Roger de La Fresnaye, who was not yet suffering from the pulmonary tuberculosis that was to claim his life in 1925, was an attractive and distinguished young man. Henry Kapferer held him in esteem, protected him, and rightly regarded him as one of the hopes of his generation", she wrote (ibid., p. 92). Despite the twenty-five years that separated them, she became friends with the artist and acquired many of his works. This is how La conquête de l’air (lot 305), Le viaduc de Meulan (lot 306), and other more modest compositions were added to her collection. Despite the upheavals of the war, Constance Coline managed to keep the paintings in her home, whose interior was designed by the architect Louis Süe, also a friend and admirer of the man who painted Meulan. When Coline died, her heirs maintained the collection in its entirety.
Roger de La Fresnaye (1885-1925)
La conquête de l'air, avec deux personnages
Closed24 March 2017
Price Realised
EUR 2,370,500