Lot 100 Jardinière Adam de La Fiorentina
JARDINIERE D’EPOQUE GEORGE III
ATTRIBUEE A MAYHEW ET INCE, VERS 1775, DANS LE GOUT DE ROBERT ADAM
Closed29 September 2015
Estimate
EUR 100,000–150,000
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Specialist note
Cette élégante commode-jardinière néoclassique d’époque George III fut conçue probablement pour des appartements réalisés par l’architecte Robert Adam (1728-1792) et décorés dans le goût « à la française » typique des années 1770.
La publication d’Adam, « Bob the Roman » dans son ouvrage Works in Architecture (1773-1779) a permis de populariser la méthode des architectes de cour romains, en tendant à harmoniser le décor des murs et plafonds avec celui du mobilier, en y intégrant des panneaux et médaillons colorés. Ainsi, la présente jardinière présente une façade polychrome insérant un médaillon inspiré des Métamorphoses d’Ovide ou des Amours des Dieux qui évoque la poésie lyrique des sacrifices qui se tenaient dans l’Antiquité sur l’autel de l’Amour. Sur les côtés, les vantaux dissimulent des étagères. Ses panneaux sont ornés de rinceaux à volutes avec guirlandes de lauriers, feuilles d’acanthe et palmettes fleuries, accompagnés d’urnes sacrées – qui rappellent également la mode étrusque des salles agrémentées de vases, comme le décrit Adam dans Works in Architecture.
Ce type de jardinière en demi-lune enrichie de médaillons mythologiques ceints d’arabesques est à rapprocher des séries de commodes conçues par Robert Adam et exécutées par l’ébéniste du Golden Square, Mayhew and Ince. Elles présentent le plus souvent des médaillons en métal peint polychrome, comme ceux de Matthew Boulton, inspirés d’œuvres du peintre Angelica Kauffman (1741-1810) (N. Goodison, Matthew Boulton : Ormolu, London, 2002, p. 269). Les élégants ornements à l’antique de notre commode peuvent aussi être comparés avec ceux de Placido Columbani, artiste italien employé par Adam et auteur de l’ouvrage New Book of Ornaments, containing a variety of elegant designs for modern panels, commonly executed in stucco, wood or painting, and used in decorating Principal Rooms (1775).
L’emploi d’ornements en étain pour enrichir cette jardinière est particulièrement inhabituel, mais caractéristique des cheminées anglaises des années 1780 - ce qui écarte une origine d’Italie du Nord suggérée par le passé. En effet, l’utilisation d’étain à cette période, conjuguée à ce type d’ornementation, place assurément cette jardinière dans l’influence avant-gardiste d’Adam, dans l’Angleterre des années 1780. De plus, Adam est aussi connu pour avoir conçu des commodes et tables en pierres dures afin de les assortir à la cheminée des pièces pour lesquelles elles étaient destinées – tels les plateaux en scagliola de Bartoli et Richter et les manteaux de cheminée conçus au début des années 1780 pour George - prince du Pays de Galles, plus tard George IV - à Carlton House, incorporé désormais à St James. L’application d’étain sur une commode anglaise des années 1780 était ainsi réalisée afin qu’elle soit assortie au manteau de cheminée.
Signalons d’autres œuvres incluant des ornements en étain, comme un miroir faisant partie d’une collection privée américaine, et une paire de cabinets laqués bleu attribués à Mayhew et Ince présentant des panneaux de glace et faisant partie de la collection Westmore et Esther Willcox, New York (exposés par Carlton Hobbs à la Olympia Fine Art and Antiques Fair de 2009).
L’association Mayhew & Ince
Cette jardinière, de par ses motifs, se rapproche de celles exécutées par l’atelier de William Ince et John Mayhew, célèbres ébénistes londoniens. En 1775, les deux associés ont réalisé une commode en bois de citronnier et marqueterie ornée de bronze ciselé et doré, conçue en 1774 par Robert Adam, pour la garde-robe de la comtesse de Derby, à la Derby House à Londres. Ils décrivent la commode comme étant exécutée « dans des bois curieux [richement figurés] très finement incrustés d’ornements étrusques enrichis d’une riche moulure en laiton forgé de têtes antiques et tentures ovales… ». Cette commode conçue par Adam dans le nouveau style étrusque, fut parmi le premier exemple en demi-lune à être exécuté (H. Roberts, 'The Derby House Commode', The Burlington Magazine, May 1985, pp. 275-283). En effet, la plupart des ornements conçus par la suite par Adam pour la garde-robe de la comtesse de Derby, en particulier les portes lambrissées, font écho à ceux de notre jardinière.
Un double usage originel : commode et jardinière
Cette inhabituelle commode-jardinière fut sans aucun doute conçue pour l’entre-deux des fenêtres d’une chambre. L’idée de cette rare forme permettant un double usage du mobilier provient probablement de France – et des marchands-merciers parisiens, comme Dominique Daguerre. Ce dernier fut probablement en charge de fournir une paire de tables de ce type à double usage au comte François Martial de Choiseul Beaupré, menin du Dauphin et Lieutenant Général des armées du Roi, décrites dans l’inventaire de 1792 dans le salon de son hôtel du quai Malaquai : « deux consoles de bois d'acajou double fond garnie de cuivre, anneaux et perles de cuivre doré surmonté de leur tablettes de marbre garnies en dedans de caisse de plomb pour recevoir des caisses 240 »
Connue sous le nom de « table à fleurs » au XVIIIe siècle, Adam Weisweiler et ses contemporains Jean-Henri Riesener et Ferdinand Bury sont connus pour avoir fait de telles tables.
Rory Cameron, Billy Baldwin et la Villa Fiorentina
Cette jardinière faisait auparavant partie des collections de la légendaire Villa Fiorentina - sans doute un des projets décoratifs les plus influents du XXe siècle. Précédemment acquise par Enid, Lady Kenmare et son fils Roderick dit ‘Rory’ Cameron, la villa fut vendue par la suite à Mr et Mrs Harding Lawrence, qui se tournèrent vers Billy Baldwin pour transformer leurs intérieurs en l’un des meilleurs exemples du modernisme classique. Comme Baldwin l’a lui-même remarqué, « Il n’y avait pas une seule chose qu’ils ne voulaient voir, je voulais tout acheter » - et c’est certainement aussi le cas pour cette jardinière.
La mère de Rory Cameron, Lady Kenmare, est un personnage romanesque. Comme ses maris successifs - tous plus riches les uns que les autres - avaient tendance à mourir rapidement, elle avait été surnommée Lady Kilmore par Somerset Maugham.
La publication d’Adam, « Bob the Roman » dans son ouvrage Works in Architecture (1773-1779) a permis de populariser la méthode des architectes de cour romains, en tendant à harmoniser le décor des murs et plafonds avec celui du mobilier, en y intégrant des panneaux et médaillons colorés. Ainsi, la présente jardinière présente une façade polychrome insérant un médaillon inspiré des Métamorphoses d’Ovide ou des Amours des Dieux qui évoque la poésie lyrique des sacrifices qui se tenaient dans l’Antiquité sur l’autel de l’Amour. Sur les côtés, les vantaux dissimulent des étagères. Ses panneaux sont ornés de rinceaux à volutes avec guirlandes de lauriers, feuilles d’acanthe et palmettes fleuries, accompagnés d’urnes sacrées – qui rappellent également la mode étrusque des salles agrémentées de vases, comme le décrit Adam dans Works in Architecture.
Ce type de jardinière en demi-lune enrichie de médaillons mythologiques ceints d’arabesques est à rapprocher des séries de commodes conçues par Robert Adam et exécutées par l’ébéniste du Golden Square, Mayhew and Ince. Elles présentent le plus souvent des médaillons en métal peint polychrome, comme ceux de Matthew Boulton, inspirés d’œuvres du peintre Angelica Kauffman (1741-1810) (N. Goodison, Matthew Boulton : Ormolu, London, 2002, p. 269). Les élégants ornements à l’antique de notre commode peuvent aussi être comparés avec ceux de Placido Columbani, artiste italien employé par Adam et auteur de l’ouvrage New Book of Ornaments, containing a variety of elegant designs for modern panels, commonly executed in stucco, wood or painting, and used in decorating Principal Rooms (1775).
L’emploi d’ornements en étain pour enrichir cette jardinière est particulièrement inhabituel, mais caractéristique des cheminées anglaises des années 1780 - ce qui écarte une origine d’Italie du Nord suggérée par le passé. En effet, l’utilisation d’étain à cette période, conjuguée à ce type d’ornementation, place assurément cette jardinière dans l’influence avant-gardiste d’Adam, dans l’Angleterre des années 1780. De plus, Adam est aussi connu pour avoir conçu des commodes et tables en pierres dures afin de les assortir à la cheminée des pièces pour lesquelles elles étaient destinées – tels les plateaux en scagliola de Bartoli et Richter et les manteaux de cheminée conçus au début des années 1780 pour George - prince du Pays de Galles, plus tard George IV - à Carlton House, incorporé désormais à St James. L’application d’étain sur une commode anglaise des années 1780 était ainsi réalisée afin qu’elle soit assortie au manteau de cheminée.
Signalons d’autres œuvres incluant des ornements en étain, comme un miroir faisant partie d’une collection privée américaine, et une paire de cabinets laqués bleu attribués à Mayhew et Ince présentant des panneaux de glace et faisant partie de la collection Westmore et Esther Willcox, New York (exposés par Carlton Hobbs à la Olympia Fine Art and Antiques Fair de 2009).
L’association Mayhew & Ince
Cette jardinière, de par ses motifs, se rapproche de celles exécutées par l’atelier de William Ince et John Mayhew, célèbres ébénistes londoniens. En 1775, les deux associés ont réalisé une commode en bois de citronnier et marqueterie ornée de bronze ciselé et doré, conçue en 1774 par Robert Adam, pour la garde-robe de la comtesse de Derby, à la Derby House à Londres. Ils décrivent la commode comme étant exécutée « dans des bois curieux [richement figurés] très finement incrustés d’ornements étrusques enrichis d’une riche moulure en laiton forgé de têtes antiques et tentures ovales… ». Cette commode conçue par Adam dans le nouveau style étrusque, fut parmi le premier exemple en demi-lune à être exécuté (H. Roberts, 'The Derby House Commode', The Burlington Magazine, May 1985, pp. 275-283). En effet, la plupart des ornements conçus par la suite par Adam pour la garde-robe de la comtesse de Derby, en particulier les portes lambrissées, font écho à ceux de notre jardinière.
Un double usage originel : commode et jardinière
Cette inhabituelle commode-jardinière fut sans aucun doute conçue pour l’entre-deux des fenêtres d’une chambre. L’idée de cette rare forme permettant un double usage du mobilier provient probablement de France – et des marchands-merciers parisiens, comme Dominique Daguerre. Ce dernier fut probablement en charge de fournir une paire de tables de ce type à double usage au comte François Martial de Choiseul Beaupré, menin du Dauphin et Lieutenant Général des armées du Roi, décrites dans l’inventaire de 1792 dans le salon de son hôtel du quai Malaquai : « deux consoles de bois d'acajou double fond garnie de cuivre, anneaux et perles de cuivre doré surmonté de leur tablettes de marbre garnies en dedans de caisse de plomb pour recevoir des caisses 240 »
Connue sous le nom de « table à fleurs » au XVIIIe siècle, Adam Weisweiler et ses contemporains Jean-Henri Riesener et Ferdinand Bury sont connus pour avoir fait de telles tables.
Rory Cameron, Billy Baldwin et la Villa Fiorentina
Cette jardinière faisait auparavant partie des collections de la légendaire Villa Fiorentina - sans doute un des projets décoratifs les plus influents du XXe siècle. Précédemment acquise par Enid, Lady Kenmare et son fils Roderick dit ‘Rory’ Cameron, la villa fut vendue par la suite à Mr et Mrs Harding Lawrence, qui se tournèrent vers Billy Baldwin pour transformer leurs intérieurs en l’un des meilleurs exemples du modernisme classique. Comme Baldwin l’a lui-même remarqué, « Il n’y avait pas une seule chose qu’ils ne voulaient voir, je voulais tout acheter » - et c’est certainement aussi le cas pour cette jardinière.
La mère de Rory Cameron, Lady Kenmare, est un personnage romanesque. Comme ses maris successifs - tous plus riches les uns que les autres - avaient tendance à mourir rapidement, elle avait été surnommée Lady Kilmore par Somerset Maugham.