Utagawa Hiroshige

Utagawa Hiroshige était l’un des plus grands artistes japonais de l’estampe sur bois en couleurs. Au XIXe siècle, ses paysages extrêmement évocateurs ont été produits par milliers et ont profondément influencé l’art moderne occidental, en particulier les impressionnistes et les postimpressionnistes.

Hiroshige était un maître du genre ukiyo-e — littéralement « images du monde flottant ». À l’origine, ce terme désignait des estampes illustrant les plaisirs urbains — principalement des portraits d’idoles représentant des acteurs de kabuki et des courtisanes populaires —, mais il s’est élargi dans les années 1880 pour inclure les loisirs ruraux et les voyages.

Hiroshige a réalisé quelques images de courtisanes et d’acteurs, mais c’est dans le paysage qu’il excellait. Ces œuvres sont vénérées pour leur complexité technique — certaines comportent jusqu’à 12 couleurs — et leurs points de vue inventifs, mais surtout pour l’impression de beauté éphémère qu’elles dégagent : la neige nocturne et la brume matinale, par exemple, les nuages roses du soir, les bambous se courbant sous le vent.

« Averse soudaine sur le pont Shin-Ōhashi et Atake » (1857), où de minuscules personnages se blottissent sous des parapluies ou des capes de paille, est l’une des plus emblématiques. Vincent van Gogh en possédait une estampe et en réalisa en 1887 une version à l’huile sur toile, « Pont sous la pluie (d’après Hiroshige) » (1887), aujourd’hui conservée au Musée Van Gogh d’Amsterdam.

Né Andō Tokutarō en 1797, Hiroshige est devenu orphelin à l’âge de 12 ans. À 14 ans, il a rejoint l’atelier de l’artiste ukiyo-e Utagawa Toyohiro, spécialisé dans les estampes de portraits et dont Hiroshige a pris le nom, comme le voulait la coutume.

Hiroshige se consacra aux figures jusqu’en 1829, date à laquelle, inspiré par son contemporain Katsushika Hokusai, il commença à s’essayer aux paysages. En 1832, Hiroshige parcourut le Tokaidō, la principale route de pèlerinage du Japon, ce qui inspira sa première série importante, Les Cinquante-trois stations du Tokaidō (1834).

Parmi ses autres séries notables, citons ses Trente-six vues du mont Fuji (1852) et ses Images de lieux célèbres dans les quelque soixante provinces (1853-1856), dont sont issues ses vues des tourbillons écumeux de Naruto, dans la province d’Awa, Natuto no fuha (Vent et vagues à Naruto, province d’Awa).

En 1856, il devint moine, mais continua à peindre, notamment Les Cent vues célèbres d’Edo en 1857. Lutte entre les montagnes et la mer est l’une des dernières œuvres d’Hiroshige, publiée peu avant sa mort en 1858. Un ensemble complet de 20 estampes, toutes signées, s’est vendu 118 750 £ chez Christie’s en 2020.

C’est l’attention portée par Hiroshige à l’éphémère qui l’a rendu populaire auprès d’artistes tels qu’Édouard Vuillard, Camille Pissarro et Pierre Bonnard, qui ont tous réalisé des peintures inspirées des estampes d’Hiroshige.

Hiroshige a également influencé James McNeill Whistler, dont le tableau de 1864, Caprice en pourpre et or : Le Paravent doré, représente Joanna Hiffernan, vêtue d’un kimono, feuilletant l’ensemble de Vues des soixante-et-quelques provinces de Whistler.

Plus récemment, les estampes d’Hiroshige ont été reprises sur des vêtements Uniqlo et dans deux épisodes de l’émission télévisée éducative pour enfants Little Geniuses.

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